Société Joseph et René Girard

"Antigone s’oppose au mensonge mythologique ; elle dit que les doubles sont identiques et qu’il faut les traiter l’un et l’autre de la même façon. Elle dit la même chose, en somme, que le Christ et c’est comme lui qu’elle doit mourir, expulsée elle aussi par la communauté.
Simone Weil, avec son intuition admirable, a reconnu dans Antigone la figura Christi la plus parfaite de tout le monde antique. Elle a mis l’accent sur le vers prodigieux que Sophocle met dans la bouche de son héroïne et qui énonce la vérité de la cité des hommes. Ce vers qu’on traduit généralement par : “Je ne suis pas née pour partager la haine mais l’amour’’, signifie littéralement : “Non pour haïr ensemble mais pour aimer ensemble je suis née.’’ La cité des hommes n’est un aimer ensemble que parce qu’elle est aussi un haïr ensemble et c’est ce fondement de haine qu’Antigone, comme le Christ, amène au jour pour le répudier.
À Créon qui ne peut que lui répéter la vieille scie de toutes les cultures humaines : “On ne peut quand même pas traiter les amis comme les ennemis’’, Antigone répond : “Qui sait si les dieux, en dessous de nous, veulent vraiment cela ?’’
Ce vers suggère ce que les Évangiles rendent complètement explicite : si la divinité existe, elle ne peut pas s’intéresser aux querelles des doubles. »

René Girard, Des Choses cachées depuis la fondation du monde, Paris, Grasset, 1974

« Antigone c’est nous » : notre projet éditorial

La modernité se cherche un visage. Vue de droite,  Antigone symbolise le non que la conscience est capable d’opposer aux débordements du Moloch totalitaire. Vue de gauche, l’étymologie du mot – αντι, contre, et γονευς, l’ancêtre – paraît s’accorder à la « déconstruction » de tous les enracinements. Certains inverseront la perspective et objecteront qu’Antigone, davantage qu’une modernité honnie ou adorée, figure une humanité « archaïque » que ses obsessions funéraires rendent aveugle à la « rationalité politique » de Créon. Les littéraires, enfin, préféreront opposer une Antigone romantique, dont le moi compte plus que la vie, à une Antigone romanesque, qui met des mots sur le tragique affrontement des doubles. La réception du personnage d’Antigone présente donc la propriété étonnante de refléter le caractère tragique du débat contemporain et de mettre en abyme la réception de René Girard lui-même. D’où le choix d’Antigone : il ne s’agit pas d’affirmer quelque chose mais d’inviter ceux qui le souhaitent à questionner leurs certitudes et à identifier les ressemblances qui, beaucoup plus que nos différences, expliquent la crise que nous traversons.

Pour aller plus loin que Flaubert, Antigone, ce n’est pas « moi », c’est « nous » !

« Antigone », une nouvelle revue de débat et d’idées pour le centenaire de René Girard

Le chantier ouvert à l’été 2024 se termine enfin : Antigone N°3 est disponible ! Le résultat final est assez différent de celui que nous avions en tête quand nous l’avons débuté. Nul ne pouvait avoir la certitude que Donald Trump serait élu, encore moins prévoir que le nom de René Girard serait jeté aux grands vents du désordre mondial par quelques magnats de la Silicon Valley.

Plutôt que de nous précipiter dans la polémique, nous avons préféré prendre le temps du recul. Et voici comment, après beaucoup d’incertitudes et de rebondissements, les deux numéros planifiés en 2025 se sont transformés en ce gros volume de 450 pages.

En écho aux angoisses contemporaines, nous allons y traiter de l’« apocalypse » au sens où René Girard l’entendait : non pas comme l’attente paniquée d’une « fin » mais comme un appel à la responsabilité, comme une invitation à « habiter le temps qui reste ». Telle un signe d’espérance, l’infinie variété des contributions proposées y forment la mosaïque d’un futur toujours ouvert.

Dans de telles conditions de gestation, c’est peu dire qu’Antigone N°3 ne se veut ni un mémorial posé sur une étagère, ni le dernier volet d’un triptyque en forme d’éloge funèbre. Il documentera les soubresauts d’une époque et sera je l’espère – mais qui peut dire dans quelles conditions ? – une invitation à continuer la route.

A hauteur de la minuscule structure que nous sommes, ces deux ans de travail apparaissent rétrospectivement comme un effort titanesque ; le fait d’avoir pu mener l’entreprise à son terme, comme une sorte de miracle. Je ne remercierai jamais assez nos auteurs et nos relecteurs pour le temps, le savoir et les compétences qu’ils nous offerts. Sans ce réseau de confiance et d’amitiés, jamais la Société des Amis de Joseph & René Girard n’aurait pu mettre sa signature en bas du « Bon à tirer ».

Bon été et bonne lecture !

L'équipe

Sous la présidence de Michel Zink, de l’Académie française

Le comité d'honneur
Jean Duchesne
Mgr Fonlupt

Archevêque d’Avignon

Bernard Gamel-Cazalis

Vice-président de la Fondation Calvet

Tareq Oubrou

Recteur de la grande mosquée de Bordeaux

Wolfgang Palaver
Mgr Rougé

Évêque de Nanterre

Lucien Scubla
Le comité de rédaction
Marie Girard

présidente de la SAJRG, directrice de la publication 

Benoît Girard

directeur éditorial

Alexandre Avril
Père Louis Corpechot
Père Paco Esplugues
Thierry Formet
Jean-Victor Roux
Martin Steffens